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Pagenaud : sera-t-il la relève de Bourdais ?
S'exiler aux USA pour percer au plus haut niveau du sport automobile de monoplaces n'est pas une garantie de succès
Publié le 3 oct 07 à 9:15 |
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Surtout dans un pays où la NASCAR est reine et où l'IRL et le Champ Car s'entredéchirent depuis tant d'années.
Alessandro Zanardi en son temps, Sébastien Bourdais aujourd'hui, ont fait la trace pour les générations suivantes d'Européens, boudés par la Formule 1 et les sponsors, et qui prennent leur courage à deux mains pour concrétiser leur rêve de professionnalisme en embrassant leur 'American Dream'.
Mais si leurs glorieux aînés ont su rentrer par la lucarne d'une F1 qui leur avait claqué la porte d'entrée au nez, il y aura toujours beaucoup d'appelés et peu d'élus dans une discipline élitiste comme la F1. Qui prendra la relève de Sébastien Bourdais lorsque le Manceau aura déserté les pelotons du Champ Car pour écrire le premier chapitre de sa carrière F1 ? Justin Wilson et Robert Doornbos seront sûrement parmi les plus fiers représentants du vieux continent, mais les deux transfuges de la F1 ont probablement quitté la F1 sans billet retour.
Le milieu a ceci de particulier que le quitter est généralement une garantie pour ne plus y revenir - à l'exception près des multiples champions (Zanardi, Bourdais) ou des pilotes au bas de laine chaudement tricoté. Parmi les jeunes loups du turbulent peloton du Champ Car et totalement inconnus de la F1, deux d'entre eux n'ont pas caché leur inclination pour cette dernière, par atavisme ou par culture. Graham Rahal (fils de Bobby, ancien pilote F1, triple champion Champ Car et ex patron de Jaguar Racing) et Simon Pagenaud ferraillaient en Atlantic Series l'année dernière et se sont retrouvés dans la discipline majeure cette année. Le premier aux côtés de Sébastien Bourdais, le second chez le Team Australia. Le Français avait remporté le duel en 2006 en décrochant le titre et a fait montre d'une belle adaptation à une formule complexe dans laquelle il faut au moins une année d'expérience pour en comprendre toutes les subtilités.
Rencontre avec Simon, qui aura la lourde tâche de prendre la succession de Sébastien Bourdais dans le coeur et les palmarès américains.
Simon, comment analysez-vous votre première saison de Champ Car alors que le championnat fait relâche avant la dernière ligne droite ?
Nous sommes très bien placés en performance depuis le début de l'année, et plus particulièrement lors de la tournée européenne. Notre problème est de réunir tous les morceaux du puzzle le même jour ! A Zolder une panne de radio m'a empêché de ravitailler au bon moment, lorsque les drapeaux jaunes étaient sortis. Nous avons pris le risque de continuer, mais sans nouvelle interruption nous n'avions plus assez d'essence pour terminer la course.
Au-delà du problème technique de la radio, c'est un peu un résumé de la complexité du Champ Car et de l'apprentissage de ses stratégies, de la gestion de la consommation d'essence...
Oui tout à fait, il faut apprendre à gérer pas mal de paramètres qui sont inconnus des pilotes qui courent en Europe. Ce sont des petits détails qui font la différence, il faut réussir à tous bien les appréhender, dans une formule monotype c'est ce qui permet de gagner ou non.
Nouvelle belle prestation à Assen, et nouvelle déception...
Oui et non ; la course se passait bien et le résultat n'est pas mal du tout. Mais nous avons eu un problème lors du 1er pit stop, qui nous a fait perdre plusieurs places. Mais résister à Seb était très gratifiant !
Entre performance pure (trio de tête des qualifications 1 en Belgique et aux Pays-Bas) et déception du résultat brut en course, quel bilan faites-vous de la tournée européenne ?
Il y a deux facettes à ce rendez-vous européen. D'une part nous avons été très compétitifs et montrer que l'on peut se battre pour la pole position et la victoire est une grande satisfaction. Mais le revers de la médaille est que l'on n'arrive pas à concrétiser en course notre vitesse de pointe des qualifications.
Revenir en Europe, était-ce une bouffée d'oxygène pour un Français exilé ?
Ça faisait longtemps que je n'étais pas revenu sur le vieux continent car les courses s'enchaînent rapidement. Ça fait beaucoup de bien de revoir la France, la famille et les amis. Ça me faisait également plaisir de courir en Europe pour la première fois depuis 2 ans.
Le public européen a-t-il répondu présent ?
Oui, j'ai même été bluffé par le monde qui s'est déplacé sur les circuits ; c'était en plus un public de connaisseurs. J'en ai rencontré qui sont venus me voir avec des photos datant de mon époque en Formule Renault ! Il était difficile de circuler entre les stands et les voitures, et même de discuter avec les ingénieurs tellement la foule était dense. On a plus rarement connu cette situation aux USA, mais il est vrai que les paddocks sont plus grands là-bas. A Las Vegas c'était de la folie douce aussi !
Que vous manque-t-il pour connaître un week-end 'plein' ?
On a du travail à fournir pour avoir une voiture plus rapide, pour être plus régulier lors des pit stops - il faut paradoxalement autant moi que l'équipe essayions d'aller moins vite lors des ravitaillements pour être plus constants. ! Il nous faut une voiture plus efficace en course. D'une manière générale mes performances ont été meilleures en qualifications qu'en course.
Quels domaines doivent être améliorés en priorité ?
Il faut que moi comme l'équipe travaillions plus sur la course, que nous comprenions ce qui peut faire aller l'auto plus vite. Nous sommes tellement à l'aise en qualifications qu'il n'est pas normal que nous perdions autant de terrain en course. Newman Haas n'a pas ce problème d'inconstance par exemple. De mon côté j'étais en délicatesse avec les procédures de départ, mais nous avons réussi à résoudre la chose récemment.
Est-ce que ces petits grains de sable viennent rouiller l'entente au sein de l'équipe ?
Non, l'entente n'est pas remise en cause. Nous sommes tous conscients du travail qu'il faut fournir pour arriver au plus haut niveau. Nous sommes solidaires, nous sommes unis dans la victoire comme dans la défaite.
La fin du championnat approche, votre équipier Will Power peut encore jouer la 2è place à défaut de titre. Est-ce que vous devrez vous mettre à son service ?
Je n'ai jamais eu de consigne jusqu'à maintenant, mais il est très important pour Will de gagner chez lui, en Australie. Tout dépend de la position qui sera la mienne, du rôle que je pourrai jouer pour lui et pour l'équipe. J'accepterai de l'aider si c'était nécessaire, et ce serait tout à fait normal, même si ça serait difficile si je devais abandonner une victoire ! Lorsque l'on est professionnel, que l'on est payé par l'écurie et les sponsors, il faut se poser les bonnes questions et réfléchir avec les bons arguments. Si l'année prochaine je devais être devant je serais content que Will me donne un coup de main à son tour.
Vous avez dégringolé au classement rookies depuis quelques courses. La pression se fait-t-elle sentir ?
Il est vrai que nous avons connu 3 mauvaises courses : San José, Road America et Zolder. Le choix des pneus rouges en fin de course à San José n'était pas le bon et un accrochage dans les stands avec Bourdais ne nous a pas aidé, sans quoi la 6è place était à notre portée. A Road America je me suis accroché au départ et il n'y a pas eu de drapeau jaune par la suite pour me permettre de raccrocher au peloton. A Zolder le pépin avec la radio m'a pénalisé. Ce n'est pas un problème de performance et c'est le côté réconfortant de cette mauvaise passe. Je pense que tous les rookies doivent passer par là et apprendre les ficelles du championnat.
Est-ce que vous rempilez avec le Team Australia pour 2008 ?
Il est trop tôt pour le dire, mais le Team Australia souhaite me garder. Ils souhaitent se servir des bonnes choses faites cette année pour que ça paie l'année prochaine. Ils essaient de réunir l'argent pour ma voiture et j'aurai une réponse prochainement. Je suis serein quant à ma participation au Champ Car en 2008.
Avez-vous d'autres projets sur le feu ?
Je travaille à un projet 24h du Mans, en proto, peu importe chez qui, l'essentiel sera pour moi de participer à cette épreuve mythique.
Sébastien ne sera plus en Champ Car. Quel est le sentiment qui domine : la joie pour lui ou la tristesse de le voir partir et de ne plus pouvoir l'affronter en piste ?
Je suis avant tout content pour lui car il le mérite et il a eu du mal à arriver en F1 ; non pas qu'il n'avait pas le talent, mais il a dû s'employer pour convaincre les gens de ce qu'il est capable de faire volant en main. J'espère que Seb aura l'auto qu'il mérite car ses qualités techniques sont hors norme. Je pense qu'il peut apporter énormément à une écurie, et la mettre sur la bonne voie... si l'écurie est capable de l'écouter. Il faudra voir comment ça se passera sur le terrain.
Un petit pincement au coeur pour le côté sportif ?
C'est sûr, je me suis préparé pour gagner l'année prochaine, et le sentiment sera inachevé si j'y parviens car il ne sera plus là !
Vous évoquez de la sensibilité technique de Sébastien. Il est le seul à privilégier les pneus noirs, plus durs, qui offrent moins de grip que les rouges...
Oui, Seb prend souvent les pneus durs, moi je préfère les tendres. Je n'ai eu qu'une mésaventure avec ces pneus, au niveau de la dégradation. Il m'était impossible de parfaitement contrôler l'auto et le seul but était de la garder sur la piste ! Mais ce n'est arrivé qu'une fois. Le comportement des deux spécifications de pneu est très différent. Avec les gommes tendres j'arrive à mieux placer l'auto en entrée de virage, le train avant est plus directionnel avec les pneus rouges.
Et ce n'est pas spécifique à Newman Haas puisque Rahal ne fait pas le même choix que Sébastien...
Effectivement, mais Graham conduit très différemment !
Verra-t-on un jour le Champ Car en France ?
On en a parlé rapidement avec Sébastien. Il fut question d'une manche au Mans. Il faudra que je reprenne le flambeau maintenant qu'il part. J'en ai parlé avec Steve Johnson, le patron du Champ Car. Il m'a dit qu'il y avait certains problèmes à régler... Mais je vais faire tout ce que je peux pour faire avancer ce projet ! |
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